To lose : perdre.

Loose : mal assujetti, branlant, détaché.

Le terme looser, en tant qu’employé dans l’expression "Klub des Loosers" englobe ces deux définitions. On a trop souvent tendance à considérer le looser en tant que gentil perdant, en tant que mec qui n’a jamais de chance, tel Michel Blanc dans "Les Bronzés", ou la plus part de ses rôles. Cette conception est réductrice car elle dénie au looser toute intelligence, toute réflexion découlant de ses multiples échecs et le dépeint en tant qu’individu acceptant sa condition car persuadé qu’il ne peut y échapper. Mais revenons aux termes mêmes de la définition pour mieux comprendre ce qu’est un looser...

-perdre :
Est à mon sens un looser une personne qui à perdu toutes les illusions qu’il pouvait avoir sur l’existence. Le looser à compris qu’il n’épouserait pas un top-model, qu’un travail très ennuyeux risquait d’occuper la majeure partie de son temps, que l’amitié ou l’amour sont des choses extrêmement relatives. Le looser est d’autant plus sincère dans sa réflexion qu’il a bâti cette dernière de manière empirique. Il ne croit plus en l’amour parce que ses parents ont divorcés après s’être trompés durant des années, il ne croit plus en l’amitié parce que ses potes ne sont pas venus le voir après sa première tentative de suicide... Mais attention, le looser ne se complait pas dans le constat des nombreux échecs qui ont ponctués et continuent de ponctuer son existence. Pas de misérabilisme au sein du Klub. Le looser n’est pas non plus quelqu’un de dépressif, au sens médical du terme, même si les gens le qualifient souvent en tant que tel. Le looser est juste une personne hyper-réaliste, ce qui influe sur sa perception du monde et donc sur son comportement.
-détaché :
De la perte totale des illusions découle une réserve constante à l’égard des évènements. Vous ne verrez jamais le looser aduler ce que les autres appellent une "star" car lui ne voit en elle qu’une personne, avec peut être beaucoup de talent, mais qui reste une simple personne. Le looser ne fera jamais la queue pour rentrer aux Bains, il ne se mettra jamais à genoux devant une fille, aussi magnifique soit elle. Ce n’est pas une personne insensible non plus. Je dirais même que souffrant d’une trop grande sensibilité il a, au rythme de ses échecs, transformé cette dernière en un détachement quasi-total.
Le looser vit dans un monde parallèle au votre. Vous voyez les mêmes choses mais il ne les perçoit pas comme vous. Cela ne signifie pas que son point de vue est plus important que le votre, néanmoins j’aurais tendance à penser qu’il est souvent plus éclairé car soumis à moins d’influences.

"Autiste parce que je vis dans mon propre monde, pictural parce que j’arrive a decrire ce qu'il s’y passe via mes rimes"

Comme du hip-hop tout simplement. Mais le problème est qu’en France le terme hip-hop est utilisé à tort et à travers par les médias et les rappeurs eux même. Au Klub des Loosers, nous considérons qu’il n’existe pour l’instant dans notre pays que du "rap français", auquel nous ne nous identifions pas du tout. L’engouement de radios tel que Skyrock pour le rap a rapidement conduit à un formatage de ce dernier. Les thèmes abordés par les rappeurs français sont toujours les mêmes, la "vie de rue" et tous les clichés qu’elle traîne avec elle : la haine envers la police la justice ou l’Etat français, les sempiternels morceaux sur les taspés, la cité... Le rap français stagne depuis 4 ans, ce qui commence à se ressentir dans les ventes.

"Pour nous le hip-hop est avant tout synonyme de créativité. Il ne s’agit pas de coller à une image mais de faire transparaître sa personnalité au travers de la musique. Ainsi, venant de Versailles, ce qui à priori pourrait être contradictoire pour un groupe hip-hop, nous revendiquons cette différence car considérant que cette ville influence particulièrement notre musique. Je répète d’ailleurs souvent que je n’aurais jamais créer le Klub des Loosers si je n’avais pas vécu à Versailles."

Il est indéniable que le Klub des Loosers ne peut être comparé à aucun autre groupe "rap". Ceci n’est pas de la prétention et s’explique :

"Le Klub des Loosers est composé d’un MC et d’un DJ, qui occupe l’espace musical sur un pied d’égalité. En effet, au sein des groupes, le DJ est trop souvent relégué à l’arrière plan, plaçant quelques scratchs dans les refrains. Nous considérons au contraire que les platines sont un véritable instrument de musique et en conséquence le scratch est intégré dans nos morceaux en tant qu'un élément musical à part entière. Plus encore, nous nous efforçons de créer une osmose entre la voix et le scratch, par l’usage de mélodies similaires, par exemple."

Fuzati s’est rapidement fait connaître pour ses talents de lyriciste. Il se différencie des autres MC par son style écrit qui donne l’impression qu’il lit un ouvrage lorsqu’il rappe. Sa diction rend ses paroles très accessibles ce qui permet de retenir une partie de ses paroles après seulement une écoute. De plus, ses textes sont essentiellement bâtis sur de longues métaphores, et l’usage de la rime n’est pas primordiale car devant être au service du sens et non l’inverse. Les thèmes de prédilection de Fuzati sont l’amour, la mort et l’étude des rapports humains. Cela peut donner lieu à des titres parlant de sa fascination à l’égard des prostitués ou de sa répulsion envers la fécondité. Il aime choisir des images très choquantes, ce qui lui vaut de nombreuses critiques de la part des personnes qui ne retiennent que ses images sans en chercher le sens. Pourtant, son but n’est pas la provocation gratuite, chaque rime trouvant toujours une justification. Plus encore, il est connu pour ses facultés d’improvisateur, étant capable de rapper sur n’importe quel thème qu’on lui soumet et pour avoir battu de nombreux rappeurs lors de battles.

Le fil directeur du morceau "Baise les gens" est la misanthropie. J'explique dans le 1er couplet comment j'en arrive à la ressentir de manière si exacerbée, pour dans le 2ème couplet montrer comment cela influe dans mes relations avec les gens du hip-hop. Enfin le 3ème couplet est une sorte de conclusion, un glissement vers la folie (avec l'image de la jugulaire). Le morceau commence et se termine par l'emploi d'une image, celle d'une feuille de papier toilette, afin de montrer que ma misanthropie est la seule défense que j'ai pu trouvé face à une situation où de toutes façons je suis obligé de subir.

par Mijdol & Fuzati